NOTE : Tunisie - Une baisse progressive du TND

1. Régime de change et cadre réglementaire

Un nouveau code des changes est actuellement à l'étude. Il prévoit notamment un assouplissement des règles applicables aux exportateurs et aux startups ainsi qu'une garantie explicite du libre rapatriement des dividendes. Le projet était toutefois encore en discussion en juin 2026 et son entrée en vigueur paraît peu probable avant 2030. À ce stade, il n'a donc pas d'incidence opérationnelle.

2. Volatilité du TND : limitée à court terme, érosion sur le long terme

Le dinar tunisien est étroitement géré par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Les variations annuelles restent donc relativement limitées, mais la devise se déprécie progressivement depuis plusieurs années.

→ EUR/TND : +3,8 % en 2025, avec une moyenne de 3,3741 ; le taux se situe actuellement autour de 3,37.

→ Selon le rapport annuel 2025 de la BCT, le dinar est resté globalement stable face à l'euro en moyenne annuelle (-1,6 % entre fin 2024 et fin 2025) et s'est apprécié de 9,8 % face au dollar, principalement en raison de la baisse du USD face à l'EUR.

→ À plus long terme, le taux est passé d'environ 2,2 TND pour un euro en 2016 à près de 3,37 aujourd'hui, soit une dépréciation d'environ 35 % en dix ans.

→ Le principal risque n'est donc pas un décrochage brutal de la devise, mais une érosion régulière de l'ordre de 3 à 5 % par an, susceptible de peser sur des créances longues libellées en TND.

3. Pression sur les réserves : le principal signal de 2026

La tendance la plus marquante concerne la baisse continue des réserves de change, alors même que le discours officiel demeure relativement rassurant.

→ Les réserves nettes s'élevaient à 25 134 MTND fin 2025, soit 106 jours d'importation (-8,2 % sur un an). La BCT qualifiait encore ce niveau de "confortable" dans son rapport annuel.

→ Au 2 juillet 2026, elles ne représentaient plus que 24 894 MTND, soit 98 jours d'importation, passant ainsi sous le seuil symbolique des 100 jours.

→ La circulaire BCT n°4-2026 du 26 mars 2026 impose désormais que les importations de produits jugés "non prioritaires" soient financées intégralement sur fonds propres, sans crédit ni avance bancaire (véhicules, électroménager, cosmétiques, textile, certains produits alimentaires). Des exemptions existent notamment pour les marchés publics.

→ Dans le même temps, la Tunisie ne bénéficie toujours pas d'un programme FMI actif (dernier Article IV conclu en 2021), ce qui limite ses sources de financement extérieur. Les agences de notation ont néanmoins légèrement amélioré leur appréciation du risque souverain (Moody's : Caa1 ; Fitch : B-).

4. Conséquences pratiques pour une entreprise étrangère

→ Les paiements de fournisseurs étrangers demeurent soumis à une domiciliation bancaire et à l'allocation de devises par les banques commerciales. Lorsque les réserves se tendent, les délais peuvent s'allonger.

→ La circulaire 4-2026 illustre la capacité de la Banque centrale à restreindre rapidement l'accès aux devises pour certaines catégories d'importations. Ce risque réglementaire doit être intégré par toute entreprise dépendant d'achats à l'étranger.

Bilan

La Tunisie ne connaît pas une pénurie aiguë de devises comparable à celle observée au Malawi. En revanche, la baisse progressive des réserves conduit déjà la Banque centrale à renforcer les restrictions sur l'accès aux devises. La stabilité apparente du dinar semble ainsi davantage résulter d'une gestion administrative des sorties de devises que d'un véritable équilibre du marché.

Sources principales : Banque centrale de Tunisie (rapport annuel 2025, circulaires et publications), FMI (AREAER), La Presse (circulaire BCT n°4-2026).

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